La vérité sort de la bouche des enfants, j'ai pu constater combien cet adage est vrai cette semaine. Voulant suivre les avancées de la campagne sur Internet, j'ai passé beaucoup de soirées à naviguer, un lien en appelant inexorablement un autre. Depuis plus de 4 heures j'ai basculé dans le dernier jour de la semaine, je tente une synthèse et la petite phase de mon fils me revient sans cesse en mémoire :
"Internet c'est un truc magique, tu passes un temps fou à te documenter, t'informer, croiser les sources, cela ne s'arrête jamais, quand peux-tu réellement commencer à bosser ?"
Bien qu'il ne soit plus vraiment un enfant, il ne sait pas ce que c'est que de vivre sans un clavier et sa souris a pointé sur un véritable paradoxe. Paradoxe qui sera sûrement déstructurant pour sa génération et les suivantes. Paradoxe entre la durée de vie de l'individu et la quantité de choses auxquelles il peut accéder. Le champ des possibles devient tellement gigantesque que l'homme est obligé de remettre en question les modèles dans lesquels il évolue. La projection dans l'époque suivante ne peut se réaliser qu'à cette condition.

L'époque moderne, qui va de l'invention de l'imprimerie en 1440 à la déclaration des droits de l'homme en 1789 est une illustration qui présente nombre de similitudes avec ce que nous vivons actuellement. L'augmentation du nombre de personnes ayant accès au savoir, démocratise l'accès à la culture, l'histoire, la philosophie et les sciences. L'invention de l'imprimerie a produit cet effet qui s'est accéléré au fur à mesure que le nombre de personnes sachant lire a grandit. L'imprimerie à donnée naissance au siècle des lumières qui s'est achevé par la révolution française et la disparition de l'ancien régime. De l'autre côté de l'atlantique, cette période a débuté avec la découverte du nouveau monde et s'achève avec la déclaration d'indépendance des États-Unis.

Ce pan d'histoire de trois siècles, résumé en quelques lignes, est un peu la quintessence de ce nous que nous avons appris à faire. La quantité de connaissances étant devenue trop importante pour un seul cerveau humain, nous avons été formatés pour une assimilation intellectuelle qui favorise le cartésianisme et le rationalisme. Notre époque contemporaine s'est principalement attachée à former des spécialistes de tel ou tel domaines regroupés en sciences dures et sciences douces. Dès notre plus jeune âge nous avons été classés dans des grandes rubriques, matheux, littéraires, manuels. Notre système éducatif est conçu comme tel, même s'il tente de plus en plus de retarder le choix entre ces trois castes.

Ce que nous apporte internet bouscule cette logique. L'analogie avec l'imprimerie repose sur trois éléments: une nouvelle démocratisation de la connaissance, une accélération du processus fonction du nombre de foyers ayant accès au réseau, un changement des règles établies.

Démocratisation du savoir.
Le coût de production et la diffusion d'un écrit, d'une œuvre, d' une information sous toutes ses formes sont devenus négligeables. Les plus grandes encyclopédies sont en ligne, de nouvelles formes collaboratives se créent (Wikipédia).
Des œuvres artistiques accessibles autrefois sous condition d'unité de lieu et de temps peuvent se diffuser et se dupliquer à l'infini. Les médias d'informations traditionnels ont tous une extension sur le web, le journal de 20h00 s'écoute pendant vingt-quatre heures, une radio captée dans sa voiture trouve son prolongement sur le site de l'émission.

Accélération du processus.
Plus le nombre de personnes ayant accès au réseau croît, plus la production augmente et se diversifie. Il y a moins de dix ans, la plupart des sites étaient réservés à des technophiles, pionniers de ce nouveau média. La majorité des individus sont aujourd'hui internautes et nombreux sont ceux qui passent de simples lecteurs à producteurs de contenu dans tous les domaines.

Changement des règles établies.
Les règles d'acquisitions de ces connaissances se transforment. Notre éducation est fondée sur une lecture linéaire. Le web apporte une approche multidirectionnelle, un mot, un auteur, une théorie, un concept peuvent immédiatement être consultés, approfondis soit à partir d'un lien hypertexte, soit par une requête dans un moteur.
L'industrie du loisir culturel est en pleine révolution, la presse ainsi que le paysage audio-visuel se recomposent autour d'internet. La loi DADVSI n'est que le début d'un changement encore plus profond.
Le commerce électronique explose, de nouveaux modèles économiques fondés sur la mise à disposition gratuite de connaissances émergent (Linux, phénomène du logiciel libre et de l'open source), des acteurs inexistants il y dix ans sont devenus des entreprises gigantesques (Ebay, Amazon, Google, Yahoo..).


Le pouvoir étant plus souvent synonyme d'informations donc de connaissances, celles-ci ne sont plus réservés à une minorité mais au plus grand nombre.Cette tendance à l'éclectisme poussée par internet, bouscule les clivages traditionnels et les dogmes qui nous ont été enseignés. Est-ce le signe avant-coureur d'une nouvelle fin de cycle ?

"de même que l’excédant d’ordre engendre désordre et cacophonie, la théorie du chaos nous enseigne qu’il contient en lui-même ses propres facteurs d’équilibre et d’ordre."Raymond Vaillancourt