Le besoin des électeurs de se sentir écoutés et proches des candidats, lors d'une campagne électorale pour l'investiture suprême, est indéniable. A se demander si parfois, le personnage et son charisme n'ont pas plus d'importance que ses idées. Dans certains pays l'arme favorite des protagonistes est le dénigrement de l'autre, l'attaque de la personne qui engage une spirale où la violence des mots précède celle des actes. Dans le pays de la liberté et de la fraternité, les exemples de ces comportements primitifs sont assez rares. Gageons que le pamphlet que nous pouvons télécharger sur le site du parti socialiste ne sera qu'un petit accident de parcours d'autant que les valeurs d'un tel mouvement politique sont le contraire de la posture qui transpire dans ce document. La facilité qu'offre internet pour semer ses idées et ses valeurs doit servir à nos élites à montrer l'exemple. S'ils ne le font pas, la récolte risque d'être putride.

Cette volonté de rapprochement avec les candidats que souhaitent les électeurs, pendant les joutes électorales, est depuis longtemps bien comprise et exploitée. Le président sortant était, aux dires de nombreux observateurs, un grand spécialiste du domaine, mais le net n'existait pas encore pour troubler le jeu. Les actions de contact direct, qu'engagent les politiques dans leur marathon présidentiel, trouvent maintenant un nouveau territoire sur internet.

Comment les quatre majors vont-ils exploiter ce gisement de voix? Je vais tenter, au cours des prochains mois d'observer la manière avec laquelle les candidats appréhendent cette poignée de main virtuelle au travers leurs sites de campagne. C'est aussi une façon de mieux percevoir leur personnalité ainsi que leur faculté de compréhension de l'avenir proche, d'une nouvelle société qui est train de se construire, par, autour et avec le web ; l'internaucratie.

Sachant que d'une part, le premier réflexe pour rechercher une information sur internet passe dans plus de 50% des cas par une requête sur un moteur de recherche et que, d'autre part, la première chose qui vient à l'esprit est le nom du candidat, j'ai donc tenté l'expérience. J'ai ouvert Google  (+ de 80% des requêtes en France) et tapé le nom des quatre personnalités en compétition pour le second tour.

 

J-100, deux candidats n'ont pas encore de site de campagne
Nicolas Sarkozy et Jean Marie Le Pen ont visiblement choisi de mener leur pré-campagne sur le site de leur parti respectif, l'UMP et le Front National. Pour les deux autres, la palme de la précocité revient à la candidate PS, première à avoir lancé un site de campagne en février 2006 avant même son investiture alors que le candidat UDF n'a ouvert le sien que début janvier 2007. Nous verrons plus bas que ces choix ont déjà des conséquences en terme de visibilité.

Le Pen, Le FN c'est moi !
Le Pen ne donne pas grand-chose de positif sur les 789 pages de résultats à part le site du FN qui arrive évidemment en première position. Je suis prêt à parier qu'il n'y aura jamais de site de campagne; inutile puisque l'homme et son parti ne font qu'un; lepen.fr est déposé par une société normande d'édition! Sans anticiper sur la prochaine analyse des sites qui apparaissent lors de cette demande, force est de constater que la moisson des sites partisans est quasi inexistante et que l'on trouve plutôt le contraire. L'intelligence collective de l'internet serait-elle en marche pour faire avancer la démocratie, la liberté et la tolérance?

Le Pen sur Google

Sarkozy déjà dans la logique des promesses
C'est sur ce nom que l'on trouve le plus de pages de résultats: 817, mais l'actualité du ministre se mélange avec celle du candidat. Le site de l'UMP n'est pas le premier de la liste mais seulement en troisième page, à croire que ses conseillers n'y ont pas pensé. Il semble urgent de lancer le site de campagne, promesse de son ouverture est faite si vous tapez sarkozy.fr. Celle-ci sera manifestement tenue car l'ouverture est prévue le 14/01/2007 à 14h30. Sachant que le résultat de l'élection du candidat unique ne sera connue qu'a cette date et heure précise, cela semble logique, mais que de temps perdu, d'espace laissé à une image non maitrisée. Même les gesticulations autour des blogs pilotées par Le Meur n'ont pas donné grand-chose pour l'instant, sauf pour Loïc bien sur...

Promesse Sarkozy

Ségolène un prénom qui se fait un nom
Royal ne donne rien, mais le résultat de la recherche "Ségolène Royal" donne des réponses plutôt cohérentes. Le site de campagne arrive en tête et laisse place ensuite à 800 résultats. C'est sur son prénom que la requête fait vraiment recette, désirs d'avenir, occupe la première position devant de nombreux liens où les passions se déchainent, 777 pages de résultats, un doux mélange entre la femme, la mère, la présidente, l'icone, la star et la candidate.
Comme pour le candidat de l'UMP, le site du parti Socialiste n'est absolument pas présent sur les requêtes autour de Ségolène, à croire que les traces de l'investiture sont encore chaudes.

Ségolène Google

Bayrou aussi visible sur le net que les autres
Sans conteste, c'est le candidat qui a su tiré avantage de son nom sur ce type d'exercice avec 786 résultats, il fait jeu égal avec les plus gros, une page entière de réponses sur lui et l'UDF et rien d'autre. Une ombre au tableau avec le site de campagne, qui n'est pas sur la première page mais en troisième position sur la seconde. C'est sans doute le lancement tardif qui en est la cause. Sarkozy sera confronté au même problème au début. Un truc pour les conseillers web, demander aux militants d'aller à la deuxième page de Google et de cliquer plusieurs fois par jour sur le site bayrou.fr. Cette action associée aux nombreux blogs des partisans pointant sur le site bayrou.fr lui feront obtenir la première place rapidement.

Bayrou Google

 

Et pour finir, un peu d'humour avec les bugs de l'Internaucratie
Cette campagne sur le net est aussi l'occasion de faire du business pour tous les sites qui gravitent autour de cette élection. Ils tentent de profiter du trafic généré par le sujet pour se faire un peu d'argent avec les liens sponsorisés et les bannières de publicité. Parfois cela donne des résultats étranges comme cette copie d'écran réalisée jeudi 11/01/2007, sachant que le fond de page de ce site, est "L'art de gouverner et de communiquer"

Tache

 

Ne tapez pas www.ump.fr car vous tomberez sur le site des Urgences Médicale de Paris.

Urgence Medicale de Paris = UMP

 

Enfin, si vous tapez www.lepen.fr, vous aurez une interrogation de Google qui vous proposera lepoint.fr

 

 

A suivre...